"Pour ceux qui voyagent en direction obstinée et contraire."
Smisurata Preghiera, Fabrizio De André.
Quand j'ai commencé le Service Civil, obligatoire à l'époque, j'ai commencé exactement le mauvais jour.
Objecteur de conscience, comme on disait.
À l'époque, selon les standards militaires et civils, le service militaire c'était pour les vrais hommes, le service civil pour de pauvres pd*s sans couilles, pour des demi-hommes.
Et tout le tralala.
Bref, j'ai commencé le Service Civil dans une petite commune du bas Bénéventain, aux confins de la province de Caserte.
Un endroit terrible, un vrai cauchemar.
Bref, j'ai commencé le service civil le 4 juin 1998.
Il y avait le Neapolis Festival, les Deep Purple.
Techniquement, j'ai fait mon premier « défaut de retour » le premier jour de Service Civil.
Le lendemain, l'employé de la commune de XXX m'a dit qu'il m'avait vu aller prendre le train, et qu'il avait prévenu le district militaire compétent.
Quel connar+d.
Ce refoulé de m*rde m'a aussi dit que quand je marchais sur le cours principal de ce putain de village, je devais faire attention, je devais marcher sur le côté droit par rapport à la place principale.
Parce que sur le côté droit marchaient les jeunes bien élevés, sur le gauche les vilains et les méchants.
Une place horrible, une vraie porcherie.
Mal faite, construite avec les fonds du tremblement de terre de 1980.
Une porcherie avec une fontaine au centre.
On m'a confié le rôle de standardiste au talkie-walkie et/ou téléphone pour le compte de la protection civile et/ou de la croix-rouge.
J'avais pour tâche de contacter l'ambulance en cas de besoin.
Il ne se passait rien dans ce petit village et les environs.
À part quelques petites vieilles, rien de spécial.
Jusqu'à ce qu'après quelques jours et quelques tours de garde, je reçoive l'appel d'une mère qui hurlait en larmes quelque chose comme ça :
« Au secours, au secours, mon petit garçon s'est coincé la tête dans le volant du manège pour enfants à la fête de la courge de XXXX (un autre village perdu) ».
Moi, sans me démonter, sans rire, j'ai pris l'appel, j'ai prévenu l'ambulance, je suis rentré chez moi, j'ai pris mes affaires et j'ai abandonné, après seulement 3 jours, mon magnifique service civil dans un village terrible du bas Bénéventain, pour commencer à sécher les visites médicales à l'hôpital militaire de Caserte, pendant environ 180 jours.
Et c'est justement là, dans le train du retour, un régional qui puait de tout, que j'ai décidé qu'ils ne m'auraient jamais, au grand jamais.
Mais vraiment jamais.
Jamais.
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